ABORDS ET PARVIS CATHEDRALE

Chés Nazus

On appelle ainsi les enfants d'Amiens et des alentours qui ont souvent le nez qui coule...

Quel que soit l'âge, pour entrer dans ces pages, il faut avoir gardé son coeur d'enfant.

 

L'emplaire : 29,90 euros

LIBRAIRIE MARTELLE rue des Vergeaux - 80000 AMIENS

 

Le parvis de Notre-Dame d’Amiens

Histoire mouvementée des abords de la cathédrale d’Amiens

Plan d’urbanisme au 19è siècle, destructions d’immeubles pendant et après la Seconde Guerre mondiale, un demi-siècle de délabrement et d’abandon, reconstruction et polémique autour de la place Notre-Dame : le parvis a souvent fait couler beaucoup d’encre et de salive.

Texte : PIERRE MABIRE

 

es jeunes générations des 15-20 ans n’auront probablement jamais le même avis que leurs parents qui regrettent encore de nos jours le coup d’œil porté sur la cathédrale «avant».

Cet « avant », que les jeunes n’ont pas connu, désigne avant la construction des facultés universitaires de Droit et d’Economie réalisée sous la municipalité de Gilles de Robien, et avant également la reconstruction d’immeubles autour de la place Notre-Dame traçant le périmètre du parvis de la cathédrale.

 

La nostalgie

de leur propre enfance

 

Cet « avant » se situe en réalité dans une certaine et courte période, qui va de la destruction partielle d’Amiens en mai et juin 1940 jusqu’aux années 1990. C’est-à-dire pendant cinquante ans sur les quelque 790 ans de vie de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens.

Mais que regrettent donc celles et ceux qui pleurent encore sur cet «avant » dont ils et elles se sentent dépositaires ? Est-ce la vue sur la plus vaste des églises de France ? Ou bien n’est-ce pas sur leurs propres années d’enfance et de jeunesse, tant il leur est difficile de ne pas retenir le temps qui passe et transforme la vie.

Les nostalgiques de la vue dégagée sur Notre-Dame d’Amiens devraient aussi s’interroger en pensant à leurs propres parents, grands-parents et ancêtres qui connurent d’autres «avant» que le leur.

 

Création d'un grand parvis...

vers 1900 seulement

 

« Avant » mai et juin 1940, la place Notre-Dame était bordée de hauts immeubles qui ne manquaient pas d’élégance. « Avant » 1900, c’était encore différent : le parvis Notre-Dame se réduisait à moins de dix mètres entre la façade principale de la cathédrale et le premier rang d’habitations lui faisant face.

Plusieurs années avaient été nécessaires aux municipalités successives du 19è siècle pour réaliser une opération foncière d’acquisition, par droit de préemption et par des expropriations, afin d’abattre plusieurs rangées d’immeubles et créer le parvis tel que nous le connaissons aujourd’hui depuis sa reconstitution sous « l’ère de Robien ».

Une chose est certaine : la mémoire est sélective. Chacun ne retient du passé que ses meilleurs souvenirs. Les moins bons sont relégués dans l’oubli. Mais qui se souvient de ce que furent les abords de Notre-Dame d’Amiens entre les années 1960 et 1990 ?

Sur la partie basse, entre la cathédrale et la rive gauche de la Somme, c’était désolation depuis que l’historique quartier des Huchers et la place Vogel avaient été détruits pour créer la rue Vanmarke et une voie rapide vers le pont de Beauvillé.

 

 

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Cette photo aérienne fut prise durant la Première Guerre Mondiale.

A cette époque, la place notre-Dame formant le parvis était délimitée par des immeubles d'une trame urbaine de forte densité.

Ce plan ancien représente le quartier de la cathédrale tel qu'il était en 1760. Le parvis se limitait à une place de très courte profondeur - guère plus de cinq à six mètres. L'édifice était bordé d'immeubles sur ses flancs nord et sud.

La constructiond'immeubles néo-gothiques, face à la cathédrale date de 1900 environ.

Deux périodes majeures de destruction des abords du parvis sont à retenir :

1) Mai et juin 1940, avec le bombardement et l'incendie du centre ville par les Allemands et les tirs d'artillerie de l'armée française qui tentait désespérément de contenir l'armée nazie sur les rives de la Somme.

2) Années 1960, avec la destruction du bas-parvis, de la place Vogel à la place du Don

pour créer une voie rapide le long de la Somme.

Dans ces deux époques, une grande partie du patrimoine historique d'Amiens fut perdue irrémédiablement.

Qui a oublié que pendant plus de trente ans, les abords de la plus remarquable cathédrale gothique de France furent cela ? Ceux qui proclament encore les préférer comme ils étaient "avant" auraient-ils perdu la mémoire ?

Sur le pourtour de la place Notre-Dame, côté sud, entre la «maison de verre » et l’hôtel des Touristes (aujourd’hui la brasserie des Trois –Maillets) ce n’était que murs délabrés, nids de poules, dépôt d’ordures. L’état de saleté et de tristesse état tel que la Ville évitait toute promotion de la cathédrale à l’adresse des touristes français et étrangers, tant les abords faisaient honte.

 

Bernard Huet, l'architecte

qui construisait pour les siècles à venir

 

Cette page de l’histoire urbaine d’Amiens est maintenant tournée pour plusieurs siècles. L’architecte Bernard Huet, qui avait piloté la réhabilitation du quartier Notre-Dame, avait exigé des édiles qu’ils ne lésinent pas sur les prix de reconstruction, la nature et la qualité des matériaux – condition qu’il fit mettre à son contrat de service sous peine de démission.

« Je ne construis pas pour aujourd’hui, mais pour plusieurs siècles » disait souvent ce spécialiste des interventions dans les secteurs urbains historiquement sensibles.

Adversaire résolu de l'éphémère, du tape à l'œil, du faux semblant, de la briquette de plaquage, du faux marbre et de la fausse pierre, il imposa – souvent contre des promoteurs et maîtres d’ouvrage cherchant à économiser sur tout en versant dans la qualité médiocre – des matériaux nobles et durables.

Exigeant et pointilleux dans les moindres détails, il fit en sorte que les immeubles jouxtant la cathédrale soient construits en pierre de taille massive.

Quant au geste architectural, qui signe son œuvre sur le parvis, il allie simplicité, modernité et clin d’œil à la Renaissance et au néo-gothique. Une gymnastique de l’esprit dont seul Bernard Huet – trop tôt disparu d’une tumeur cérébrale - avait les clefs du secret.

 

 

Ces deux photos confirment que le périmètre du parvis fut construit d'immeubles de plusieurs étages. C'était "avant" la destruction de la ville en mai et juin 1940.

Les Amiénois se disent aujourd'hui fiers de leur ville. La rénovation de la cité et de ses quartiers est passée par là.

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