PLACE SAINT-FIRMIN

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Voici une bonne devinette à poser aux Amiénois : « Dans leur propre ville, où savent-ils trouver l’église et le cimetière Saint-Firmin-à-la-Pierre ?». La réponse devrait se faire attendre longtemps.

Cette église et ce cimetière n’existent plus depuis presque deux siècles. Pour les situer sur le plan actuel d’Amiens, ce serait entre l’entrée du centre commercial du beffroi et les restes du cloître des Sœurs-Grises.

 

L'église Saint-Firmin-à-la-Pierre (ci-dessus) et le plan de la place (ci-contre) avant destruction complète.

L'église et sa place

vues par l'un des frères Duthoit.

La place Saint-Firmin, un jour de réderies, ou encore de "marché aux "viézeries", selon le parler picard amiénois.

 

(Dessins des frères Duthoit)

Texte :

PIERRE MABIRE

aint-Firmin-à-la-Pierre fut encore nommée Saint-Firmin-à-la-Porte parce qu’elle bordait les premiers remparts qui encerclèrent la cité post gallo-romaine, au début de l’ère médiévale. Il devait y avoir près de cette église une porte donnant sur l’extérieur.

Puis, lorsque le périmètre des remparts fut élargi, l’église devint Saint-Germain-à-la-Pierre parce qu’un culte était rendu tous les ans autour d’une pierre, vestige d’un édifice que Firmin, premier évêque d’Amiens aurait pu connaître ou bien subir son martyr.

La Révolution Française de 1789 avait profondément modifié l’organisation des villes, jusqu’alors structurées autour de leurs paroisses, d’une part, et de l’échevinage, d’autre part. Avant cette révolution, l’Eglise catholique tenait les registres de l’état civil. L’enregistrement des naissances, mariages et décès passaient par elle.

A l’époque, Amiens était découpée en dix-neuf paroisses ayant chacune leur église, et bien souvent leur cimetière attenant. Saint-Firmin-à-la-Pierre n’échappait pas à cette organisation urbaine. Elle rassemblait autour d’elle les habitants d’un petit quartier enclavé entre Saint-Germain, Saint-Jacques et Saint-Firmin-en-Castillon, autre petite paroisse dans le secteur de l’immeuble actuel de la Poste centrale.

Lorsque que le culte religieux fut interdit durant la Terreur, toutes les paroisses perdirent leur fonction administrative avec le transfert de la tenue des registres d’état-civil aux mairies. Lorsque sous le Consulat de Bonaparte les églises paroissiales furent de nouveau ouvertes et la liberté de culte restaurée, la municipalité élabora un nouveau plan d’urbanisme qui fut fatal à Saint-Firmin-à-la-Pierre.

 

S

Dans cette ville enfermée derrière ses murs de défense, décision fut prise de gagner de l’espace pour créer des places ou des voies nouvelles afin de faciliterr une circulation hippomobile de plus en plus dense.

Des dix-neuf paroisses, il n’en resta plus que six. Avec pour résultat une douzaine d’églises arasées, en même temps que les remparts médiévaux, vestiges de Samarobriva et de l’Amiens médiéval, étaient entièrement détruits pour créer de vastes boulevards et ouvrir la cité à ses faubourgs.

 

La place Saint-Firmin ne conserva pas longtemps le nom du fondateur du diocèse d’Amiens. Le milieu du XIXè siècle était passé lorsque le conseil municipal décida de la débaptiser pour lui donner le nom d’un ayant maire philanthrope ayant cédé une part de sa fortune à la Ville, M. Dewailly.

 

Ce maire était la version contemporaine de Martin, cet officier romain dont la légende veut qu’il coupa son manteau en deux pour couvrir un pauvre homme mourant de froid. Il mit une partie de ses ressources au service des pauvres afin que les plus démunis puissent manger au moins une fois par jour.

 

Il légua aussi une forte somme à la Ville pour construire une horloge place Gambetta afin qu’elle donne l’heure aux Amiénois attendant de monter en tramway vers «l’embarcadère » - la gare ferroviaire.

La place Dewailly, dans sa nouvelle conformation devint une place de marché « à réderies ». C’était une sorte de vide-grenier permanent où l’on trouvait de tout : vaisselle ancienne, meubles, outils, vêtements.

 

Ainsi, des héritiers ne sachant que faire des bibelots de leurs parents ou grands-parents, trouvaient sur cette place le moyen de recycler ce qui était encore utilisable, et de le transformer en monnaie sonnante.

L’ancienne place Saint-Firmin fut heureusement dessinée par l’un des frères Duthoit – et peut-être les deux – sous différents angles, y compris avant que l’église paroissiale ne soit abattue. Mais que devint la pierre qui servait de point de rassemblement pour le culte rendu à la mémoire du premier évêque d’Amiens ?

 

Aujourd’hui, il ne reste plus rien de tout cela. Les immeubles délimitant cette place furent incendiés en mai 1940 lors de la prise de la cité par l’armée allemande. Le plan de reconstruction de la ville profondément remanié après la Libération, ne préserva pas cet espace. Et le nom de Dewailly fut donné à une autre place faisant face à l’immeuble Le Stengel, ancienne caserne de cavalerie avant de devenir un immeuble de logements privés.

 

La place Saint-Firmin, selon le cadastre d'Amiens signé Pinsard.

L'une des plus anciennes photos d'Amiens prise place Saint-Firmin (vers 1860).

Le marché aux "viézeries" de l'ancienne place Saint-Firmin, devenue "place Dewailly" du nom d'un ancien maire philanthrope.

Saint-Firmin-à-la-Pierre

Histoire d'une église,d'un cimetière et d'une place aujourd'hui disparus

Chés Nazus

On appelle ainsi les enfants d'Amiens et des alentours qui ont souvent le nez qui coule...

Quel que soit l'âge, pour entrer dans ces pages, il faut avoir gardé son coeur d'enfant.

 

L'emplaire : 29,90 euros

LIBRAIRIE MARTELLE rue des Vergeaux 80000 - AMIENS

 

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