MOULINS DE SAINT-LEU

Chés Nazus

On appelle ainsi les enfants d'Amiens et des alentours qui ont souvent le nez qui coule...

Quel que soit l'âge, pour entrer dans ces pages, il faut avoir gardé son coeur d'enfant.

 

L'Histoire des Amiénois depuis l'invention de la photographie

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Une nouvelle vie pour le Moulin Passe-avant

Par PIERRE MABIRE

et MAURICE DUVANEL

Comptant parmi l'une des plus anciennes constructions d'Amiens, le Moulin Passe-Avant, sis dans l'ancien quartier Saint-Sulpice aujourd'hui rattaché au quartier Saint-Leu, est définitivement sauvé de la ruine dans laquelle il se trouvait. Restauré, ou plutôt reconstitué à l'identique , sa nouvelle toiture en tuile plate, vient d'être posée.

 

 

ES charpentiers ont repris leur caisse à outils pour d'autres chantiers. Dans quelques semaines, ou quelques mois, les murs seront recouverts de torchis. Le vieux moulin qui a tant fabriqué de farine pour le bénéfice des évêques, aura retrouvé sa superbe.

A sa construction en 1528, ce moulin faisait partie des vingt-cinq moulins à eau d'Amiens actionnés par les canaux de la Somme. Comme la plupart des autres moulins, il était la propriété du Chapitre de la Cathédrale d'Amiens auquel il rapportait d'importants revenus.

Sa roue à aube, actionnée par le bras des Clairons, avait toujours priorité sur celle du moulin situé sur l'autre rive de ce même canal. De la sorte, lorsque du grain lui était livré, l'eau du bief qui alimentait cet autre moulin était déviée vers sa roue pour qu'elle se mettre à tourner sans attendre.

D'où la dénomination par les Amiénois de ces deux moulins : le Passe-avant pour l'un, le Passe-arrière pour l'autre. C'est-à-dire, le Passe-après

A la Révolution Française, les biens de l'Eglise étant confisqués au profit de l'Etat, le moulin Passe-avant fut vendu à un particulier qui le fit agrandir pour accroître ses performances et le confort du meunier. En 1851, une nouvelle roue développant une puissance de 40CV permit de travailler quasi industriellement, pour les teinturiers (pour le broyage de pigments ou le foulage des tissus) et pour une moutarderie-vinaigrerie installée à proximité, en bordure du canal des Clairons.

Un siècle environ sépare ces deux photos du moulin Passe-avant

En 2014, il fut entièrement démonté pour être remonté à l'identique, avec des poutres neuves de chênes venant de la forêt domaniale de Hetz...forêt qui fournit du 13è au 16è siècles les bois de charpente de Notre-Dame d'Amiens.

Le moulin Passe-avant au 19è siècle, vu par l'un des frères Duthoit.

Le moulin Passe-avant vers 1900. Il broyait surtout de la graine de moutarde pour la vinaigrerie Brûlé, toute proche. Il servit aussi de moulin à foulon pour la teinturerie Benoit, voisine du moulin.

Il fut très probablement l'un des derniers moulin à eau à tourner encore en France et en Europe, fin des années 1970 lorsque le dernier meunier prit sa retraite et ferma le bief pour la dernière fois afin de stopper la roue et son mécanisme définitivement.

Il servait encore à ce moment de moulin à foulon pour le teinturier amiénois Emile Benoît, apprêteur de tissus.

Son arrêt d'activité faillit signifier son arrêt de mort. Livré aux quatre vents et aux vandales, son état se dégrada rapidement. Fort heureusement, des défenseurs du patrimoine déposèrent un dossier au Ministère de la Culture qui le classa « monument historique » en 1986.

Le vieux moulin ne fut cependant pas sorti aussitôt de la déchéance. Abandonné, fissuré, infiltré par les pluies et rongé par la moisissure, les passants de la rue Saint-Leu se demandaient quand, un jour, ils verraient le moulin aux poutres porteuses pourries s'effondrer sur le trottoir ou dans le canal.

Il faut croire que de bonnes âmes veillaient sur lui. Cédé à Amiens-métropole pour le franc symbolique par l'association « le Bel-Amiens », il fut inscrit dans le programme des restaurations du patrimoine, pour un montant de travaux estimé à près de 600 000 euros, en partie financés par une souscription et par uen aide financière de la Fondation du Patrimoine, venant soulager les fonds publics.

 

L'ultime limite de la pourriture et des risques d'effondrement fut atteinte avant d'entreprendre les travaux de restauration-reconstitution.

Les fervents amoureux du patrimoine ont su convaincre

pour que le sauvetage définitif soit enfin engagé.

Le moulin Passe-avant reconstitué : visite de chantier

Si les anciens meuniers pouvaient revenir parmi nous, ils seraient fiers de voir renaître le "Moulin du Roi", nommé par les Amiénois "moulin Passe-avant", et revoir tourner sa roue à aube sur le canal des Clairons.

La "Vierge-aux-Rayons" ressuscitée

La Vierge-aux-Rayons est cette sculpture d'une Vierge à l'Enfant qui se trouve sur le poteau cornier, à l'angle formé par la façade et le flanc du moulin donnant rue Saint-Leu.

A la façon des compagnons ymagiers de la cathédrale, les sculpteurs ont reconstitué l'oeuvre orginale qui avait disparu en grande partie, rongée par la pourriture du bois (photo de gauche).

Cette resurrection est quasi miraculeuse car les photos de cette Vierge à l'Enfant sont rares. Des recherches iconographiques furent nécessaires pour cette reconstitution magnifiquement réalisée.

Comme à sa construction en 1528, le moulin est couvert de tuiles plates. La lucarne est un petit bijou de charpente réalisé dans la tradition des compagnons.

 

Les compagnon sculpteurs (ymagiers) et charpentiers ont donné le meilleur de leur savoir pour reconstituer le moulin Passe-avant, dans la tradition des compagnons du Moyen-âge.

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