Sauver Saint-Leu

Chés Nazus

On appelle ainsi les enfants d'Amiens et des alentours qui ont souvent le nez qui coule...

Quel que soit l'âge, pour entrer dans ces pages, il faut avoir gardé son coeur d'enfant.

 

Patrimoine historique

Saint-Leu en danger de disparition

La restauration du moulin Passe-avant de Saint-Leu ne doit pas être un arbre qui cache une autre réalité : l'arasement continuel et progressif de l'habitat traditionnel populaire du quartier «historique » d'Amiens.

Dernièrement, un alignement de maisons, rue des Clairons, a été abattu pour faire place à un programme immobilier conduit par la Société Immobilière de Picardie (SIP). Il s'agissait d'habitations de briques et à ossature bois – des maisons qu'occupaient naguère des ouvriers ou modestes artisans depuis des siècles.

Ces destructions font suite au vaste programme des années 1980-90 qui avait frappé de nombreuses demeures traditionnelles, remplacées par des alignements de maisons de construction légère, d'un style pastiche digne d'un décor de théâtre en carton pâte.

Vingt-cinq ans plus tard, ces immeubles de substitution virent déjà vers la ruine. Il suffit de voir les façades dégoulinantes de moisissures, les bois à l'état de pourrissement, les encadrements de fenêtres dans lesquels l'eau s'infliltre allègrement. Au grand dam des occupants qui disent avoir être trompés par les bailleurs sociaux.

Quoi qu'il en soit, la première question d'aujourd'hui n'est pas l'emploi de matériaux de construction « au rabais », mais bien l'effacement programmé de ce quartier jadis populaire qualifié « d'historique ».

 

 

 

Rue Saint-Leu, en 1981

La destruction du patrimoine de Saint-Leu découle d'une polititique programmée de longue date qui se transmet de municipalités en municipalités successives, de gauche comme de droite. Ici, rue Saint-Leu, aux abords de la rue de Mai, une pelleteuse effaçaient le patrimoine immobilier ancien pour faire place à un autre programme de construction. C'était en 1981.

Ainsi, depuis plus d'un demi-siècle, le quartier Saint-Leu historique disparaît sous les lames des bulldozers, comme si ce quartier était devenu incongru dans sa propre ville

Ce n'est pas d'architecture dont nous parlons ici véritablement, mais d'urbanisme et de préservation du patrimoine. C'est-à-dire de politique d'aménagement de la cité. Or, force est de constater qu'aucune des municipalités élues depuis l'après Seconde guerre mondiale n'a inscrit la détruction du quartier Saint-Leu dans son programme électoral. Jamais les Amiénois n'ont été invités à se prononcer sur un tel projet. Tout se passe dans le secret des cabinets, des cercles fermés - lieux de décision où la population n'a pas accès.

Ainsi, a-t-on éliminé de la carte d'Amiens le superbe quartier des Huchers, en contre-bas du parvis de la cathédrale d'Amiens qui, restauré, aurait pu devenir un dédale de rues médiévales où l'on aurait trouvé des galeries d'art, des antiquaires, des bistrots sympas.

Il fut totalement rasé. C'était dans les années 1960-70.

Une pétition vient d'être lancée via la page Facebook « chés Nazus d'Saint-Leu, Saint-Maurice et d'Amiens ». Elle s'adresse au maire, Mme Brigitte Fouré, pour qu'elle ne signe plus aujourd'hui un seul permis de démolir, afin que s'arrête le massacre de Saint-Leu, la disparition de son patrimoine et de sa mémoire historique.

Il lui est demandé aujourd'hui d'établir un véritable état des lieux suivi d'un débat avec la population sur l'avenir de Saint-Leu. Voici les questions que, dès maintenant, nous lui posons. Va-t-on continuer à démolir ? Qu'en est-il des îlots acquis par la Ville rue du Pont-à Moinet (au chevet de l'église Saint-Leu ?), place Aristide-Briand ou dans d'autres secteurs du quartier ? Qu'est-il prévu pour sauvergarder l'ancienne chapelle Saint-Jean de l'ancien Hôtel-Dieu ? Est-il prévu de conserver ou détruire les vestiges de l'ancienne église Saint-Sulpice, rue Saint-Leu ?

Il est urgent que le dialogue s'engage.

Les maisons de droite, rue des Clairons, viennent d'être abattues après une opération pernicieuse visant à les rendre insalubres.

A gauche, rue Blanquetaque, l'îlot encore debout est en grand danger de destruction.

Oui, le quartier Saint-Leu fait partie de l'histoire ancienne d'Amiens. Il porte une partie de sa mémoire et de son patrimoine.

Or, force est de constater que depuis l'après seconde guerre mondiale, les municipalités successives n'ont cessé, touche par touche, îlot par îlot, de le détruire, le dénaturer et faire dfisparaître tout ce qui fait sa particularité et son caractère si attachant.

La méthode employée pour le détruire est celle de la « bruxellisation ». Cette méthode consiste à rendre vétustes et insalubres des habitations saines, pour les raser et construire de nouveaux immeubles. Les opérations s'étalent sur une assez longue période. En voici la procédure :

La Ville, sur décision de son conseil municipal, cible une zone habitée ancienne à reconstruire entièrement, par exemple Saint-Leu.

Sur cette zone, elle fait valoir son droit de préemption consistant à acquérir d'office les demeures lorsqu'il y a vente ou héritage. Elle se substitue aux acquéreurs.

Les acquisitions par la Ville se font zone par zone, rue par rue, îlot par îlot.

Une fois l'essentiel d'un l'îlot acquis par la Ville, le reste est soumis à expropriation si les propriétaires ne veulent pas vendre à l'amiable.

Une ou plusieurs habitations de l'îlot ou pâté de maisons sont soumises à des opérations visant à déclancher l'état de vestusté et d'insalubrité. La porte d'entrée est murée. Les carreaux des fenêtres sont cassés. Les chéneaux sont percés. La toiture est crevée. Les écoulements d'eau de pluie sont dirigés vers les murs porteurs.

Soumis aux averses d'automne, au gel, à la moisissure, voire au squatt de sans-abri et aux tags qu'on laisse généreusement prospérer, ces îlots d'habitation deviennent des pustules au coeur du quartier. Lorsque les murs porteurs commence à faiblir, des étais sont posés. Il n'y a plus alors qu'à signer le permis de démolir, raser l'ensemble ciblé par le programme dit « de rénovation », et recontruire du neuf.

 

 

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La rue du Pont-à-Moinet est directement sous la menace de destruction de la rive gauche depuis qu'une maison a été murée et mise en état de pourriture lente.

La toiture et les chénaux ont été volontairement crevés pour justifier son arasement partiel.

Idem pour un ilôt donnant sur la place Aristide Briand.

Une pétition au maire d'Amiens

Un texte de pétition pour mettre fin aux destrcution dans le quartier Saint-Leu, pour sauvegarder, protéger et restaurer le reste du patrimone immobilier existant est en ligne. Plus il y aura de signataires, plus notre voix sera entendue. En voici le contenu :

 

Madame Le Maire,

 

Une fois de plus, des habitations traditionnelles de Saint-Leu viennent d'être rasées, dans les rues historiques des Clairons et des Archers. Le permis de démolition a été signé par le maire qui vous a précédée. Vous n'êtes donc pas en cause.

 

Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est la sauvegarde de la totalité du patrimoine du quartier historique d'Amiens : l'habitat populaire, les anciennes usines ou anciens moulins. les vestiges cultuels comme la Chapelle Saint-Jean de l'ancien Hôtel-Dieu, ou ce qui subsiste encore de l'ancienne église Saint-Suplice. C'est notre histoire et celle de notre ville. C'est notre mémoire. Nous refusons que tout cela soit effacé pour satisfaire des appétits financiers ou des ambitions déplacées.

 

Comme vous, nous aimons Amiens et voulons la voir progresser pour plus de prospérité. Mais son patrimoine doit être impérativement protégé.

 

Madame le Maire, ne signez plus de permis de destruction visant le quartier Saint-Leu comme d'autres ont pu le faire avant vous, par exemple lorsque le quartier des Huchers fut honteusement anéanti.