1940-1944 - AMIENS SOUS LES BOMBES

Chés Nazus

On appelle ainsi les enfants d'Amiens et des alentours qui ont souvent le nez qui coule...

Quel que soit l'âge, pour entrer dans ces pages, il faut avoir gardé son coeur d'enfant.

 

Disponibles à la Librairie MARTELLE, à Amiens.

SECONDE GUERRE MONDIALE

Mai 1940 : Amiens bombardée, incendiée, envahie,

population sur les routes de l'Exode

Jusqu'au dernier moment, en mai 1940, les Amiénois, dans leur grande majorité, ne crurent pas que leur ville pourrait être bombardée ou envahie par l'armée allemande.

PAR PIERRE MABIRE

 

La propagande gouvernementale visant à rassurer la population marchait à fond dans les colonnes du « Progrès de la Somme », le journal quotidien de l'époque, et dans d'autres quotidiens nationaux. Malgré la débâcle de notre armée dans les Ardennes, la presse écrite, qui avait conservé ses réflexes cocardiers de la Première Guerre Mondiale, racontait chaque jour son lot de fadaises.

A en croire ses rédacteurs, nos soldats résistaient à l'offensive, alors qu'en réalité, leurs lignes étaient enfoncées. Les hommes au combat plus « chanceux » qui n'étaient pas tués, étaient blessés ou faits prisonniers pour être transférés dans les camps allemands. Ils furent plus d'1.600.000 enfermés derrière les barbelés des stalags et oflags.

Le 17 mai 1940, alors que l'aviation ennemie lâchait ses bombes sur Péronne, les Amiénois étaient toujours chez eux, voyant passer sous leurs fenêtres des milliers de fuyards polonais, hollandais, belges, dont le pays respectif avait été envahi. Ils n'imaginaient pas un seul instant devoir partir pour ne pas périr sous la mitraille et le feu..

Tandis qu'on faisait gober à la population les miracles de la Ligne Maginot, l'armée allemande pénétrait en France les 10 et 11 mai 1940 par la forêt des Ardennes, pour opérer un vaste mouvement d'encerclement des troupes alliées, coincées dans les Flandres et la "poche de Dunkerque". La route des Panzer allemands passait par la Picardie et Amiens.

La gare St-Roch d'Amiens fut l'une des premières cibles des Stukas, ces bombardiers allemands qui piquaient vers leur cible en faisant hurler une sirène effrayante.

Le 18 mai 1940, aux environs de 15 heures, gare Saint-Roch, un train bondé de militaires britanniques venant de secteur de Calais-Boulogne, attendait l'heure du départ vers la Normandie, lorsque une escadrille décrivit des cercles au-dessus d'Amiens. Certains Amiénois se disputèrent sur le genre d'avions. Certains croyaient voir des « Potez », tandis que d'autres assuraient qu'il s'agissait d'avions allemands.

La réponse ne tarda pas à être donnée lorsque l'escadrille, après son vol de reconnaissance dans le ciel amiénois, piqua en déclenchant un cri de sirène déchirant. Les observateurs-amateurs virent se détacher comme des paquets noirs logés sous les ailes alors que les avions achevaient leur attaque et remontaient déjà à la quasi verticale.

Dans les secondes qui suivirent, de violentes explosions inaugurèrent le début des souffrances que la cité et ses habitants allaient endurer durant ce printemps 1940, et pendant les quatre années qui suivirent.

Les premières bombes tuèrent de nombreux soldats britanniques qui attendaient le coup de sifflet du départ. La gare vola en éclats.

L'église Saint-Honoré, à quelques centaines de mètres de là, prise pour cible, ne fut plus qu'une colonne de feu. Les pompiers y retrouvèrent des corps de soldats alliés qui avaient profité de la halte en gare pour aller prier.

En quelques heures, Amiens devint un vaste champ de déménagement. Les habitants comprirent que l'ennemi était aux portes de la cité. Par dizaines de milliers, les familles rassemblèrent leurs affaires, abandonnèrent leur maison, et se lancèrent sur les routes de l'exode, à la grâce de la providence.

En attaquant les divers pays d'Europe, l'armée allemande multiplia les crimes de guerre, ainsi que le montre cette scène de pauvres gens sur la route de l'exode, mitaillés par l'aviation nazie.

Ci-dessous : Les bombardements des 18 et 19 mai 1940 vidèrent Amiens de ses habitants, partis se réfugier ailleurs.

Cette carte montre ce qui se produisit à partir des 10 et 11 mai 1940. L'armée allemande pénétra en France par les Ardennes qui n'étaient pas verrouillées par la Ligne Maginot, en théorie véritable mur de défense stratégique en prévision d'une guerre de tranchées et de position.

Les Allemands, déjouant les stratèges français, imposèrent une guerre de mouvement. La forêt des Ardennes fut le site d'une défaite militaire française due à cette lourde erreur et à l'archaïsme du commandement en chef des armées.

Ce que les journaux de l'époque tentèrent de dissimuler afin de ne pas démoraliser le pays et miser sur la carte patriotique d'une population désemparée.

"Plus jamais ça", avaient dit les Poilus de 1914-18. Cette nouvelle guerre faisait mentir tous les stratèges, au grand désespoir du peuple.

Les troupes qui échappèrent à la capture se replièrent sur la rive sud de la Somme et d'Amiens, imposant aux allemands une résistance assez forte grâce à l'artillerie. Cette opposition dura jusqu'aux 5 et 6 juin 1940, tant qu'il y eut des munitions à mettre dans les canons et les fusils. Puis ce fut la ruptureau Sud d'Amiens du front français aux ordres du général Weygand.

Paris, à découvert et après des siècles d'inviolabilité, devenait à portée des armées d'Hitler, qui entrèrent dans la capitale le 14 juin, sous le regard des Parisiens attérrés.

Militaires français

dans les Ardennes en mai 1940.

Scène souvent vue dans les villes et villages du Nord de la France et de Picardie : l'arrivée des soldats allemands au milieu des champs de ruines.

Dates-clés d'un processus conduisant à la guerre

 

12 avril 1938 : Daladier est investi président du Conseil.

21 avril 1938 : Hitler donne l'ordre à la Wehrmacht de se préparer à envahir la Tchécoslovaquie.

24 septembre 1938 : Rappel en France d'un certain nombre de réservistes.

30 septembre 1938 : Signature des accords de Munich.

23 août 1939 : Signature du pacte germano-soviétique.

1" septembre 1939 : Les troupes allemandes envahissent la Pologne. Mobilisation générale en France.

3 septembre 1939 : La Grande-Bretagne et la France se déclarent en état de guerre contre le Reich.

28 septembre 1939 : L'Allemagne et l'URSS se partagent la Pologne.

3 septembre 1939 - 10 mai 1940 : La Drôle de Guerre.

10 mai 1940 : Début de l'offensive allemande à l'Ouest.

13 mai 1940 : Les Panzer franchissent la Meuse,

15 mai 1940 : Le front franco-britannique des Flandres est percé.

18-19 mai 1940 : Amiens bombardée.

Fin mai - début juin 1940 : Encerclement de Dunkerque. Nouvelle rupture du front de repli.

14 juin 1940 : Les troupes allemandes entrent à Paris.

17 juin 1940 : le maréchal Pétain, investi de tous les pouvoirs, ordonne aux soldats français de rentrer dans leurs casernes et de cesser le combat.

18 juin 1940 : Appel du général de Gaulle à Londres à résister contre l'occupant. Il appelle les soldats et officiers à le rejoindre sur le sol anglais pour reprendre le combat.

22 juin 1940 : Signature à Rethondes dans le wagon de chemin-de-fer où le général Foch avait obtenu la réddition de l'armée allemande en 1918, de la convention d'armistice franco-allemande. Le maréchal Pétain et le gouvernement de Vichy se préparaient activement à collaborer avec Hitler et l'idéologie nazie.

Voici ce que les habitants des régions nord de la France purent voir : une armée française en déroute, des colonnes de soldats faits prisonniers.

Tandis que le général de Gaulle, depuis Londres, appelait à la résistance, pour l'honneur de la France, le maréchal Pétain renonçait à poursuivre le combat et se lançait dans une politique honteuse de collaboration avec Hitler et le nazisme.

L'église St-Honoré d'Amiens. Les corps de soldats anglais furent retrouvés sous les décombres.

La rue des Chaudronniers, avant que les gravats soient dégagés et les pans de murs branlants abattus.

Un soldats allemand fouille les ruines du Marché Lanselles. Que comptait-il trouver ?

Au fond, la place Gambetta vue de la rue des Trois-Cailloux.

De la rue Flatters vers la rue Saint-Leu.

La cathédrale d'Amiens au milieu de la ville-fantôme.

Le prestigieux magasin Devred après l'incendie qui le ravagea.

Pendant plusieurs semaines, des tombes provisoires de soldats avaient été créées le long des rues d'Amiens.

Une partie du centre-ville, après déblaiement des ruines.

Des ruines, encore des ruines, toujours des ruines...

Le beffroi, privé de son dôme, de sa cloche et de sa Renommée.

Le boulanger Roland Demarest retrouvant son pétrin au milieu des décombres de sa boulangerie.

La place Gambetta

en octobre-novembre 1940.

Rue des Trois-Cailloux, devant le magasin Devred en partie abattu.

Dans l'attente de la reconstruction d'Amiens, le boulanger Roland Demarest s'installa provisoirement dans un baraquement, comme la plupart des commerçants du centre-ville.

CLIQUER SUR LES PHOTOS POUR LES AGRANDIR

Certains n'allèrent pas plus loin que les villages de la campagne proche, où ils avaient de la famille ou des amis ayant assez de place chez eux pour les abriter. D'autres partirent vers la Normandie, la Bretagne, le centre de la France, ou aussi loin qu'il était possible d'aller.

De retour de l'exode, en août-septembre, les réfugiés retrouvèrent une ville de désolation. La plupart des rues du centre-ville n'étaient plus qu'un alignement de murs calcinés et branlants. En certains endroits, le feu couvait encore sous les gravats. Gare du Nord eventrée. Rues de Noyon et des Trois-Cailloux par terre. Les beaux magasins comme Devred, Nouvelles-Galeries, ou celui du célèbre photographe Caron, réduits à l'état de ruines. Les halles du marché Lanselles et des poissonneries d'eau de mer et d'eau douce ramenées à des amas de pierres et de briques.

 

"Il y eut des héros

et des salauds.

La guerre révéla

la vraie personnalité

des gens"

Un Amiénois se souvenant de l'Occupation

 

 

Plus rien ne ressemblait à rien. Ceux qui retrouvèrent leur domicile encore debout constatèrent que les portes avaient été forcées, et les pièces vidées de leurs meubles, vaisselle, couverts, et linge. Les pillards avaient pu être les Allemands eux-mêmes, ou des voisins sans scrupule, restés dans la ville, profitant de la situation pour faire la razzia.

« Mes parents virent que des voisins avaient toute notre vaisselle et nos meubles chez eux. Par crainte de dénonciation mensongère, ils préfèrèrent se taire. La guerre avait révélé le vrai caractère des gens. Il y eut des héros, comme il y eut des salauds », se souvint un Amiénois pour le reste de sa vie.

Les jours, semaines, mois et années qui suivirent ne furent que souffrance, peur, privations. Alors que l'administration de Vichy sombrait dans la Collaboration active avec l'Allemagne Nazie, obligeait les enfants des école à chanter tous les jours à la gloire et la dévotion du maréchal Pétain, ouvrait la traque aux Juifs, la population gardait le secret espoir du retour des prisonniers et du départ de l'occupant.

 

Cet espoir fut cependant très contrarié par les attaques aériennes des Alliés, au printemps 1944 dans les secteurs de Longueau, Saint-Acheul et de la gare du Nord qui détruisit des habitations et tua de nombreux civils.Le lundi de la Pentecôte, la rue Jules Barni et les quartiers adjacents furent pris en enfilade par des attaques aériennes anglaises, avec bombardements et mitraillages, laissant 146 tués et un grand nombre de blessés.

Ces opérations menées dans le cadre de l'opération Fortitude. Ayant pour but de faire croire qu'il s'agissait d'opérations préparatoires à un débarquement des Alliés dans le Pas-de-Calais et sur le littoral picard, elles furent ravageuses à maints égards.

Ravageuses d'un point de vue politique car permettant à la propagande nazie et vichyssoise d'ôter aux amiénois l'idée que les armées de Londres et des Ombres (la Résistance) se battaient pour le bien du peuple.

Ravageuses d'un simple point de vue humain au regard du bilan de cette offensive coûteuse en vies humaines – la cible était en réalité la ligne de chemin de fer.

Ravageuses encore sur le plan patrimonial car c'était encore plus de sans-logis dans cette ville souvent soumise à une météo rugueuse, encore plus de misère.

Réagissez à cet article en utilisant le formulaire d'envoi ci-dessous. A vos claviers !

Dans la boîte à courrier

Marie Christine Darroux : "Ma grand mère maternelle m'a beaucoup parlé des bombardements de 40 à Amiens où elle habitait et ma mere s'en souvient; bien qu'elle n'avait que 4 ans quand les bombes sont tombées près de leur maison rue Edmond- Rostand".

 

Véronique Mille : "Un grand merci pour toutes ces photos !"

 

Pierre Sainneville : "Un article enrichissant de photos et de texte qui m'a séduit et qui m'intéresse. Ces souvenirs qui resteront gravés dans nos mémoires, bravo Pierre Mabire pour cette réalisation".