BEFFROI CREATION 1

Chés Nazus

On appelle ainsi les enfants d'Amiens et des alentours qui ont souvent le nez qui coule...

Quel que soit l'âge, pour entrer dans ces pages, il faut avoir gardé son coeur d'enfant.

 

Ch'bedouf

La terrible histoire du beffroi d'Amiens (1)

Le beffroi d'Amiens est assurément, et sans jeux de mots, un haut lieu de l'histoire médiévale d'Amiens. Sa propre histoire est entachée de sang, de souffrances et de misère, quand bien même de nos jours on ne voudrait retenir qu'il reste le symbole des « libertés communales ». Rien n'est aussi simple.

 

PAR PIERRE MABIRE

 

Il faut aujourd'hui faire un effort d'imagination sur ce que fut la cité en 1113 lorsque le roi franc Louis VI Le Gros, en butte avec ses vassaux, eut pour idée de leur couper les ailes en accordant aux bourgeois des bourgs et des villes le droit de gérer eux-mêmes les affaires de la cité, les libérant de la contrainte d'obéissance aux comtes et seigneurs des lieux.

Il faut aujourd'hui se rendre place Léon-Debouverie encadrée par les façades arrière de l'hôtel de ville et de la poste centrale. A cet emplacement s'élevait de hauts murs de la forteresse du très puissant seigneur Enguerrand de Coucy, comte de Boves et d'Amiens.

Cet homme était un belliqueux, rude guerrier, n'ayant peur de rien, et surtout pas du roi des Francs pas plus que de l'Evêque du diocèse Geoffroy et de son bras armé, le vidame Guermond de Picquigny.

Renoncer à son pouvoir sur le peuple d'Amiens ? Ne plus lever l'impôt sur le dos pour entretenir sa propre armée ? Engerrand de Coucy ne pouvait l'envisager. Cela révolta la population qui prit les armes contre lui.

Enguerrand de Coucy participa à la première croisade dite "croisade des barons, en 1096.)

Soutenu par ses propres fils, et notamment Thomas de Marle, le comte avait l'avantage de pouvoir se protéger derrière les hauts murs de cette forteresse quasi imprenable. De là, il pouvait lancer des attaques surprises, faire rendre gorge aux paysans nourrissant la population. Sous ses ordres, ses soldats n'hésitèrent pas à terroriser les fermiers en crevant des yeux, coupant des langues, des mains et des pieds.

Cette population avait l'appui de Dieu pour elle.

Dans ses homélies, l'évêque Geoffroy n'avait de cesse d'encourager ses ouailles à résister, promettant le royaume des cieux à tous ceux qui tomberaient sous l'épée ou les flèches des soldats du comte. Le roi lui-même vint à leur secours en organisant avec un détachement armé le siège de la forteresse seigneuriale.

Fort de tels appuis, le siège ne dura toutefois pas moins de deux ans jusqu'à l'épuisement complet des forces du seigneur. Même les femmes s'enrôlèrent dans cette guerre meurtrière. On les vit sur les tours d'assaut pour lancer des pierres contre les archers. Près d'une centaine furent blessées ou tuées.

Une représentation de l'attaque du Castillon d'Amiens parue en 1886,

par Emile Bayard.

 

Le jour des Rameaux de l'an 1115, piégé dans son « castillon », Enguerrand de Coucy, comte d'Amiens et de Boves, put s'enfuir avec ce qui lui restait de troupes valides. L'ultime assaut des Amiénois fut enfin victorieux.

Pour marquer la fin du pouvoir seigneurial, la population détruisit entièrement la forteresse, ne laissant qu'une tour debout pour en faire une tour de garde et utiliser cette élévation pour surveiller la cité et sonner l'alerte en cas d'incendie ou d'attaque de la ville par des hordes ennemies.

Cette tour, c'est l'actuel beffroi – ch-bedouf comme le désignèrent les habitants dans leur parler picard.

Le roi Louis VI, en récompense de la bravoure des habitants, confirma sa volonté de les voir prendre eux mêmes en main l'organisation de la cité. Le beffroi, dans un premier temps, devint salle de conseil des échevins, salle d'arme et poste de guet. Mais surtout redoutable prison avec sa salle de torture pour obtenir les aveux.

Cette première charte des libertés communales sera confirmée en 1185 par Philippe Auguste lorsque le comté d'Amiens sera incorporée au domaine royal.

De cette page d'histoire, il reste aussi les armoiries d'Amiens, avec les feuilles de lierre et fleurs lys, et cette devise « Un lien puissant m'unit au lys » - c'est à dire à la couronne de France. L'obéissance au roi, plutôt que l'allégeance à un seigneur.

P. M.

 

La suite de l'histoire du Beffroi d'Amiens sera publiée dans un autre chapitre mis en ligne prochainement.

Louis VI Le Gros n'avait pas peur d'affronter ses vassaux ou de s'attaquer aux brigands.

Les armoiries d'Amiens s'harmonisent avec la devise de la cité : "Un lien solide m'unit au lys".

Il signifie que les Amiénois avaient choisi l'obéissance au roi de France plutôt que l'allégeance à son vassal, le seigneur et comte de Boves et d'Amiens.