GRANDE GUERRE 1914 18

Chés Nazus

On appelle ainsi les enfants d'Amiens et des alentours qui ont souvent le nez qui coule...

Quel que soit l'âge, pour entrer dans ces pages, il faut avoir gardé son coeur d'enfant.

 

Cible majeure de la stratégie allemande

Comment Amiens fut sauvée en 1918 par les forces alliées

commandées par le général Foch

C'est aux portes d'Amiens, en août 1918, que bascula l'issue de la Grande Guerre, avec la victoire des Alliés mettant fin à quatre années de combat et à la plus grande boucherie humaine de tous les temps.

 

Texte : Pierre Mabire

Printemps 1914. L'Europe en ébullition était au bord d'une guerre qui ne tarda plus à se déclencher. L'effort d'armement était porté au maximum de part et d'autres des rives du Rhin. A l'état-major militaire de l'empire allemand, le plan d'attaque de la France avait été mis au point depuis 1905. Peaufiné depuis, il avait pour objectif de s'emparer de Paris pour annexer, au bout du compte, les colonies françaises d'Afrique et d'Asie qui constituaient un richesse et une force politico-économique de premier ordre à l'échelle planétaire.

Deux grands blocs rivaux avaient été constitués pour unir les forces en cas de conflit. D'un côté : la France, le Royaume-Uni et la Russie (impériale) formaient la « Triple Entente ». De l'autre côté : l'Allemagne, l'Autriche-Hongie et l'empire ottoman (Turquie) formaient la « Triple Alliance » ou « Triplice » qui fut rejointe par l'Italie.

Le 28 juin 1914, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo (Bosnie) fut le prétexte à l'escalade des antagonismes nationalistes. S'ensuivirent une cascade de déclarations de guerre et de mobilisations générales dans tous les pays rivaux.

Le 3 août l'Allemagne déclarait la guerre à la France et la Belgique. Le plus grand conflit guerrier jamais éprouvé à l'échelle mondiale venait de s'engager. Il mobilisa, toutes armées confondues, 60 millions de soldats, dont 9 millions seront tués et 20 millions seront blessés.

L'avancée des troupes allemandes, au début de l'envahissement, s'opéra à terrain découvert dans une guerre de mouvement.

Cette carte d'attaque de la France avait été élaborée par l'état major de l'armée allemande dès 1905.

La photo du haut montre un enfant sur les marches du parvis de la cathédrale d'Amiens dont la façade avait été protégée par des sacs de terre et de sable.

La photo du bas est celle d'infirmières de la Croix-Rouge (Photo collection de Tourtier. Droits réservés)

La cité fut encore celle des permissionnaires. Après le longues périodes passées dans les tranchées, les troupes cantonnées sur le front occidental revenaient à Amiens se refaire une santé, reprendre des forces pour mieux repartir au combat.

Amiens devint le carrefour d'une vingtaine de nationalités. On y croisaient des Indiens, Australiens, Néo-zélandais, Sud africains, Canadiens, Américains (à partir de 1917-18), etc... et même des Chinois enrôlés pour servir les officiers de sa majesté britannique.

L'enlisement de cette guerre dans les tranchées de Picardie n'augurait certainement rien de bon. En 1915, l'offensive alliée consista principalement à empêcher les forces allemandes de prendre des positions stratégiques sur la façade maritime. Résultat obtenu au prix de pertes considérables : un million de soldats français hors de combats, tués ou blessés. Et autant de pertes humaines effrayantes dans le camp ennemi.

Le déclenchement de l'offensive britannique en juillet 1916 sur le front de Somme, seulement à quelques dizaines de kilomètres d'Amiens, dans le secteur d'Albert et Péronne, fut des plus sanglantes et meurtrières. Il avait été précédé d'un pilonnage d'artillerie sensé anéantir les lignes allemandes.

Amiens en 1918.

L'armée allemande s'empara d'Amiens le 31 août 1914. Sa présence dans le chef-lieu de la Somme fut de courte durée car la résistance française très forte dans la Marne réclamait du renfort. L'armée allemande abandonna Amiens dès le 11 septembre 1914.

Dès lors, la cité picarde ne vit plus l'envahisseur ennemi pendant les quatre années du conflit. Les seuls soldats allemands à entrer dans Amiens furent les prisonniers de guerre, valides et blessés.

Dans le dispositif de guerre de tranchées qui s'installa très rapidement, Amiens devint une place forte majeure à l'arrière du front.

C'était la plus grande plateforme hospitalière de Picardie et du Nord-Ouest de la France pour y soigner les soldats blessés et malades. La plupart des bâtiments publics furent transformés en dispensaires, infirmeries et hôpitaux.

Les écoles, lycées, séminaires catholiques durent faire de la place aux blocs opératoires et aux salles de soins. Dans la campagne proche, des hôpitaux provisoires furent installés dans des baraquements. La Croix-Rouge était présente partout avec ses chirurgiens, médecins, infirmières, brancardiers pour réparer des corps disloqués, recoudre des plaies, soigner, consoler, et trop souvent accompagner jusqu'à la mort.

Amiens fut surtout une base logistique de première ordre. De là partaient le ravitaillement des troupes, les stocks d'armes et de munitions. Des convois fluviaux partaient d'Amiens vers l'Est de la Somme jusqu'aux limites les plus proches du front pour le convoyage de troupes, les livraisons de médicaments.

Le château de Longueau (photo du haut) avait été mis à la disposition de la Croix-Rouge par ses propriétaires, la famille de Tourtier. Il fut détruit par les bombardement allemands.

Photo du bas : l'un des dispensaires de la Croix-Rouge. Celui-ci était proche de la gare du Nord pour recevoir les blessés avant de les orienter vers les hôpitaux, selon les cas à traiter.

(Photos collection de Tourtier. Droits réservés)

Mis à la disposition des armées alliées, l'hôtel de ville d'Amiens fut le cadre de nombreuses prises d'armes et de remises de décorations aux héroïques soldats.

 

 

 

 

Georges Clémenceau lors de sa venue au front, à Maurepas.

1917 fut l'année du doute frappant le coeur des armées. Même les hommes les plus expérimentés et aguerris au combat ne crurent plus en la capacité des hauts chefs d'état-major de gagner la guerre. Manque de cohérence dans les ordres. Sorties de tranchées sans se soucier de la protection et de la vie des soldats. La révolte gronda dans les lignes. Les Poilus ne voulurent plus souffrir et se sacrifier inutilement.

La nomination d'un nouveau chef suprême des armées, le généralissime Robert Nivelle ne fit pas leur affaire. Celui-ci avait décidé de porter le fer sur la ligne de repli allemande allant de Vimy (Pas-de-Calais) à Soissons (Aisne), en passant par le Laonnois. L'offensive déclenchée le 16 avril devait durer deux à trois jours seulement. Elle durera plusieurs semaines, avec un bilan de pertes humaines considérables : 200 000 hommes dans le seul camp français, sans compter les pertes chez nos Alliés.

Ce fut la terrible phase du Chemin des Dames, un plateau crayeux sur lequel l'ennemi dominait toute la contrée et bénéficiait de l'existence de souterrains pour s'abriter et entreposer ses munitions.

A force d'attaques de harcèlement, de tir d'artillerie à feu continu, de fantassins balayés par les mitrailleurs d'en-face, la forteresse allemande finit par tomber. Mais le territoire gagné valait-il une telle boucherie ?

Nivelle avait prévu de reprendre Reims et de poursuivre l'offensive sur l'ensemble du plateau de Champagne. Limogé et remplacé par Pétain, il n'eut pas le temps d'atteindre ses objectifs. Le faible avantage qu'il avait obtenu fut annulé par un changement de stratégie. Avec Pétain, l'offensive fut stoppée. Les Allemands, épuisés, purent ainsi reconstituer leurs forces et leurs réserves de munitions.

Ci-dessus : Epuisés par des jours de combat sans repos, ces soldats australiens engagés dans le secteur de Villers-Bretonneux ont trouvé en moment de répis pour dormir un peu, sans quitter leurs armes.

 

 

Ci-contre : Georges Clémenceau, chef du gouvernement d'union nationale, passait tous ses week-end sur les zones de combat, pour rencontrer soldats et officiers.Il voulait partager au plus prêt la condition des hommes tout en dirigeant le pays d'une autorité incontestable.

Il se rendit notamment dans le secteur d'Amiens-Montdidier durant l'offensive allemande de 1918, et fut le premier à féliciter les troupes alliées multipliant les batailles victorieuses lors de la contre-offensive d'août 1918.

Il fut reçu à l'hôtel de ville d'Amiens avec les marques d'honneur dues à son rang et sa détermination sans faille.

 

Deux événements majeurs modifièrent le cours du conflit. Ce fut l'entrée en guerre en 1917 des Etats-Unis, jusqu'alors restés en retrait. A la source de cette décision : la volonté allemande de contrôler le trafic maritime en Atlantique nord. Les U-Boat du Reich avaient mission de couler les navires marchands soupçonnés de ravitailler l'Angleterre et la France. Devant la perte de sa marine de commerce, l'Amérique réagit en déclarant à son tour la guerre à l'Allemagne et en envoyant en France de nombreuses troupes.

Par ailleurs, ce fut la révolution bolchévique en Russie d'octobre 1917. Lénine et son chef d'armée Trotsky considérant que leur pays n'avait rien a faire dans cette guerre, entamèrent des discussions avec l'Allemagne qui aboutirent début mars 1918 à la signature du traité de paix de Brest-Litvosk (du nom d'une ville de Biélorussie où il fut ratifié).

Ainsi soulagé sur le front de l'Est, l'empire Allemand s'empressa d'envoyer en France les troupes massées à la frontière russe.

Les généraux allemands jugèrent le moment venu pour porter le coup fatal à la France.

21 mars 1918. L'armée allemande déclenchait sa vaste offensive devant mener ses troupes à la victoire. Ce fut la fin de la guerre des tranchées et la reprise de la guerre de mouvement. Très rapidement, une semaine après avoir repris du terrain sur les Alliés, le général Lundendorff orienta la combat vers la Somme. Objectif : prendre Amiens coûte de coûte, puis filer au Sud, vers Paris.

Dans les environs d'Amiens comme dans le centre-ville, les ravages de la guerre furent immenses.

Photo du haut : une zone boisée défigurée.

Photo ci-dessus : ce qui restait du magasin Caron, photographe, après avec reçu un obus incendiaire.

Le 1er juillet1916, à 7h30, le commandement britannique ordonna à ses troupes la sortie des tranchées et d'avancer en ligne, debout et à pas ralenti, comme au temps des guerres napoléoniennes.

Résultat de la méthode : après douze heures de combats, l'armée britannique avait perdu plus de 58 000 hommes, dont 19 240 tués. Tous fauchés par le feu des mitrailleuses allemandes. Erreur d'appréciation du commandement : celui-ci avait pensé que, sous les obus tirés massivement (3 500 par minute), les Allemands avaient été éliminés, ou s'étaient repliés. Mais l'ennemi était toujours présent.

Malgré les pertes considérables de cette première journée d'offensive, la bataille pour le contrôle de Péronne et Bapaume restait à l'ordre du jour. Le canon ne cessa plus de tonner. Assauts et contre-offensives se succédèrent et virent l'arrivée sur le terrain d'une nouvelle arme mise au point par les Anglais : le char d'assaut. On se battit sans relâche pour ne gagner parfois quelques centaines de mètres seulement. Ou mieux toutefois, déloger l'ennemi d'une hauteur où il contrôlait un vaste territoire.

Le 18 novembre 1916, le front de Somme avait bougé au bénéfice des Alliés, avec douze kilomètre gagnés dans le secteur nord et huit kilomètre repris à l'ennemi sur les lignes sud. Mais l'objectif final – la prise de Péronne et Bapaume – n'avait pas été atteint.

Au bout de cinq mois de combats acharnés, le bilan des pertes était catastrophique. 206 280 tués et disparus, et 213 blessés chez les britanniques. Côté français : 135 879 blessés et 66 688 tués. De leur côté, les Allemands dénombraient un total de perte de 437 322 hommes, dont 170 000 tués.

Dans les deux camps, on s'enterra de nouveau dans les tranchées sur les nouvelles positions acquises ou concédées, en attendant les combats donnant la victoire finale.

Le Kaiser allemand et ses officiers d'armée avaient promis un guerre éclair permettant aux troupes de s'emparer de Paris en quelques jours seulement.

Grâce à leurs Alliés et à leur ferveur patriotique, les troupes françaises firent barrage à l'ennemi qui n'atteingnit jamais la capitale.

Après la fête du départ, les soldats allemands troquèrent leurs mine réjouies contre le masque des vaincus. Comme ici à Amiens où ils devaient traverser la ville sous le regard de population leur lançant des éclairs de colère et de rage tant il y avait d'être humains tombés sous leurs balles et leurs obus.

 

 

Ci-dessus : Les hôpitaux fluviaux britanniques remontant la Somme d'Amiens vers les zones de front.

 

 

Ci-dessous : les Nouvelles Galeries, rue des Trois-Caillous à Amiens, détruites lors des bombardements allemands entre avril et août 1918.

 

Les Allemands savaient qu'à l'Ouest du front la coordination entre les troupes de diverses nationalités n'étaient guère fameuse. Les généraux Pétain et Haig (britannique) ne s'entendaient pas et divergeaient sans cesse sur les tactiques et la stratégie.

Un élément nouveau avait heureusement échappé au commandement allemand : le général français Foch venait d'être nommé commandant unique de toutes les armées alliées du front Ouest.

Il était temps ! Depuis le 21 mars, les Allemands avaient progressé de plusieurs dizaines de kilomètres et repris ses positions sur le Chemin des Dames pour lesquelles tant d'hommes avaient péri l'année précédente. Paris était devenu la cible des tirs d'artillerie lourde, comme Amiens, sans cesse bombardée par un canon à longue portée basé près de Péronne.

Foch avait compris qu'Amiens tombée aux mains des Allemands, la route vers Paris aurait alors été grande ouverte. Aussi donna-t-il cet ordre à toutes les unités engagées dans le secteur de « se battre devant Amiens, dans Amiens et après Amiens s'il le fallait ». Et surtout, ne plus reculer.

C'est aux portes de la ville, dans la région de Corbie, Villers-Bretonneux, Fouilloy, Le Hamel, que s'amorça véritablement le retournement de situation à l'avantage des Alliés.

La détermination des troupes Australiennes et Néo-Zélandaises fut sans faille. Les lignes allemandes, pour la première fois depuis l'offensive, furent enfoncées. La reconquête de Villers-Bretonneux signa le début de la défaite ennemie.

Des soldats australiens et canadiens après la rude bataille victorieuse du Hamel, près de Corbie.

Si la victoire avait changé de camp, Amiens n'était pas au bout de ses peines.

Depuis l'Est de la Somme où elle conservait ses positions fortes, l'armée allemande concentra une partie de ses tirs d'artillerie vers Amiens demeurée cible stratégique. Les obus ne cessèrent de pleuvoir, tombant au coeur de la cité où les ravages furent nombreux. Une grande partie de la population dut évacuer vers Abbeville et dans la campagne environnante. Les écoles durent fermer.

Le 8 août, Australiens, Canadiens, Britanniques et Français – dont une grande partie des troupe était cantonnée à Gentelles – lançaient la contre offensive pour desserrer le noeud d'étranglement d'Amiens. A la fin de la journée, les lignes allemandes avaient été repoussées de 14 kilomètres. Dans les rangs ennemis, les pertes très lourdes firent dire au général Ludendorff que le 8 août 1918 avait été la « journée noire de l'armée allemande ».

A l'enfoncement du front ennemi aux portes d'Amiens succédèrent une série d'autres victoires, en Picardie, Champagne et Lorraine. Elles signèrent la victoire finale des forces alliées et conduisirent à la signature d'un armistice le 11 novembre suivant en forêt de Compiègne, à la clairière de Rethondes.

 

P. M.

Le général Foch fut le grand stratège de la victoire sur le front Ouest de la Grande Guerre. Il ordonna à toutes les troupes françaises et alliées, de "se battre devant Amiens, dans Amiens et après Amiens s'il le fallait", pour enrayer la marche allemande vers Paris.

Le campement des canadiens, près d'Amiens, en 1918.

Ce canon allemand à longue portée tira sur Amiens durant tout le printemps 1918 et jusqu'en août. Il fut réduit au silence par les soldats australiens au prix d'âpres combats et de nombreuses vies.

Une rue d'Amiens en 1918 alors qu'une bombe vient de tomber sur un immeuble.

On compta plus de 6000 habitations détruites ou endommagées et de nombreux morts dans la population civile.