GRANDE PHARMACIE DE PARIS

Chés Nazus

On appelle ainsi les enfants d'Amiens et des alentours qui ont souvent le nez qui coule...

Quel que soit l'âge, pour entrer dans ces pages, il faut avoir gardé son coeur d'enfant.

 

Depuis nos ancêtres de l'Acheuléen...

Nous racontons dans ces pages, de façon illustrée et distrayante les pages heureuses et sombres de l'Histoire des "Samariens" (habitants de la Somme et d'Amiens), depuis qu'on en sait quelque chose.

La Grande Pharmacie de Paris

au coeur des guerres du 20è siècle

par Pierre Mabire - Photos collection privée / droits réservés

Parmi tant d'autres commerces du centre-ville d'Amiens, la Grande Pharmacie de Paris a beaucoup souffert des guerres de la première moitié du 20è siècle. Si l'on évoque souvent la destruction du centre ville durant la Seconde guerre mondiale, il ne faut pas oublier que la Grande Guerre 1914-18 mit aussi la cité à très rude épreuve.

A l'issue de l'offensive allemande contre Amiens qui prit fin en août 1918, environ 6000 habitations avaient été détruites ou gravement endommagées. C'était le résultat d'un bombardement intense de l'artillerie allemande qui, depuis la région de Péronne, au moyen de canons à très longue portée (la Grosse-Bertha) arrosait la ville de ses obus. Vivre à Amiens durant le printemps et l'été 1918 devint tellement dangereux, que la population dut être évacuée, et avec elle les écoles, collèges et lycées transférés à Abbeville.

Pendant plusieurs années, le centre-ville d'Amiens fut une succession de trous béants, de pans de murs menaçant de s'effondrer. La rue des Trois-Cailloux offrait un visage de désolation. Les Nouvelles Galeries, déjà existantes à l'époque, étaient éventrées. Rue des Jacobins, c'était la désolation. Aucun des secteurs de la ville, au centre comme au pourtour de la cité, n'avait été épargné.

La Grand Pharmacie de Paris s'était installée au débuté des années 1900 dans un superbe immeuble donnant sur la place Saint-Denis (place René-Goblet), naguère occupée par le Crédit du Nord, ainsi que sur la rue des Trois-Cailloux et la rue Allart, ainsi que le montrent nos différentes photos.

Elle n'était pas la seule, loin s'en faut, à Amiens à pratiquer son métier.

 

 

 

 

 

Ci-contre : l'immeuble gravement endommagé lors des bombardements d'Amiens en 1918.

Avant l'industrialisation du secteur du médicament, les potions et les divers traitements était préparés de façon artisanale en laboratoire et à l'atelier d'orthopédie, au cas par cas, sur mesure, et selon les ordonnances médicales.

La photo ci-contre fut prise le 18 juin 1940. Elle montre l'incendie de la rue des Trois-Cailloux et de l'immeuble de la pharmacie de Paris, place René-Goblet, provoqué par l'armée allemande avec des lance-flammes et des bombes ou grenades incendiaires.

L'armée hiltérienne avait mis un archanement particulier à humilier et détruire une ville qu'elle n'avait pas pu conquérir en 1918 et devant laquelle elle avait perdu la précedente guerre.

La cité et ses habitants n'avaient cependant pas fini de souffrir. Une grande partie de la population dut se réfugier dans des baraquements de fortune.

Les Amiénois durent subir également des privations et des bombardements alliés qui firent de nombreux tués et d'importants dégâts, jusqu'a la Libération de la ville, le 31 août 1944.

Sans compter aussi de devoir vivre dans la crainte des dénonciations anonymes, de rafles antisémites, ou de réquisition des hommes valides pour le Service du Travail Obligatoire dans les usines d'armement en Allemagne.

Ci-dessus : L'immeuble de la Grande Pharmacie de Paris, lorsqu'elle se trouvait place René-Goblet (anciennement place Saint-Denis).

A l'époque, les potions et médicaments n'étaient pas tous fabriqués par les grandes firmes pharmaceutiques industrielles. Beaucoup étaient confectionnés par les préparateurs des officines, selon les indications fournies par les médecins de famille. Il en était de même pour les appareils ou vêtements orthopédiques tels que corsets ou atèles, faits « sur mesure ». Cette activité employait de nombreuses personnes qualifiées.

La Grande Pharmacie de Paris reçut des obus pendant cette terrible offensive allemande de 1918, créant de très lourds dégâts à la façade comme à l'intérieur. Il fallut donc tout réparer, restaurer, réaménager.

La Seconde Guerre mondiale fut cette fois fatale au superbe immeuble, comme elle le fut pour une très grande partie du centre-ville. Cependant, il ne faut pas croire que la ville fut surtout broyée par les bombardements des 19 et 20 mai 1940 qui précédèrent l'invasion de la cité par les troupes hitlériennes.

Ces bombardements visèrent principalement le secteur des gares (du Nord et Saint-Roch), ainsi que les réseaux de chemins de fer. Les avions frappés de la croix de Fer s'employèrent également à mitrailler les longues files de civils désarmés venant de tous les pays du Nord de l'Europe, lancés sur les routes de l'exode, à la recherche de la paix et d'un abri.

L'armée allemande prit position dans la ville à partir des 21 et 22 mai, après des affrontements à l'arme lourde avec les troupes françaises qui avaient échappé à l'enfer des Ardennes et s'étaient regroupées dans notre ville avec la farouche détermination de ne pas laisser l'ennemi franchir la Somme.

Hélas, les forces étaient inégales, à la défaveur des Français. Ceux-ci ne disposaient pas des armes les plus performantes et devaient combattre souvent avec des canons et des chars datant de la précédentes guerre 1914-18, tandis qu'en face l'ennemi opérait avec des blindés bien plus maniables et rapides.

L'opposition de nos soldats aux forces armées du IIIè Reich fut cependant superbe. Tant qu'il y eut des munitions à mettre dans les canons, les secteurs sud d'Amiens restèrent un mur infranchissable.

Ayant le contrôle du centre-ville, les militaires allemands s'employèrent à vider les réserves des magasins, à piller les demeures des habitants pour emplir des wagons entiers et expédier la marchandise volée en Allemagne.

Puis lorsqu'il ne restait plus rien, les immeubles étaient incendiés au lance-flammes ou au moyen de bombes incendiaires. L'ordre était de détruire, détruire et encore détruire. Un travail fait méthodiquement, secteur par secteur.

C'est ainsi que l'immeuble de la Grande Pharmacie de Paris, et ceux des abords – tels que le laboratoire et la boutique du célèbre photographe amiénois Caron - furent soumis au feu à partir du 18 juin 1940. Soit près d'un mois après les premiers bombardements aériens de la ville.

La photo où l'on voit les militaires contemplant le fruit de leurs actes criminels date précisément de ce 18 juin, au lendemain de la soumission du maréchal Pétain à Hitler, et le jour de la déclaration de Résistance lancée par le général de Gaulle sur les ondes de la BBC.

De cet incendie, il ne resta que des murs noircis, qui furent abattus. Mais les propriétaires ne désarmèrent pas et se réinstallèrent dans un immeuble encore debout de la place Gambetta. Une place que l'établissement n'a plus quitté depuis, à l'angle de ladite place et de la rue des Trois-Cailloux. Et depuis ce temps, l'enseigne est restée accrochée fièrement au coeur de la cité.

 

Après le déblaiement des ruines de l'immeuble de la place René-Globlet, voici ce qu'il en restait.

Mais la Grande Pharmacie de Paris, tel le Poenix des mythes perse, égyptien et grec,

décida de renaître de ses cendres en s'installant cette fois place Gambetta (photos ci-dessous).

Ci-dessous : le chantier de reconstruction de la place Gambetta et d'édification du nouvel immeuble de la Grande Pharmacie de Paris.

 

En bas, la place Gambetta, telle que nous la connaissons aujourd'hui, où il fait bon s'installer aux terrasses des cafés.