PREHISTOIRE A AMIENS

Chés Nazus

On appelle ainsi les enfants d'Amiens et des alentours qui ont souvent le nez qui coule...

Quel que soit l'âge, pour entrer dans ces pages, il faut avoir gardé son coeur d'enfant.

 

Disponibles à la Librairie MARTELLE, à Amiens.

PREHISTOIRE A AMIENS

La "Vénus de Renancourt" réveille un passé vieux

de 23.000 ans et plus

Cette question demeurera encore longtemps ouverte : « Depuis quand le sol du bassin amiénois est-il occupé par les humains ? ». Même si les découvertes archéologiques permettent d'avoir des réponses, rien n'est jamais définitif tant les trouvailles peuvent remettent en cause des théories, des hypothèses, voire des certitudes.

L EST FACILE d'imaginer que le responsable du chantier de fouilles ouvert à Amiens en 2014 dut éprouver de fortes émotions lorsque des morceaux de craie façonnés de la main d'homme apparurent sous le grattoir d'une ou d'un de ses équipiers. Visiblement, les morceaux pouvaient s'assembler comme les pièces d'un puzzle. Résultat : il avait sous les yeux une « Vénus paléolithique », une pièce rarissime que tous les archéologues rêvent de découvrir un jour dans leur carrière.

C'était en juillet, dans le quartier Renancourt. Cette « Vénus » était en tout point comparable aux quelque 250 statuettes du même genre mises au jour en divers lieux d'Europe et en Sibérie. Selon l'examen au carbone 14, elle datait de 23.000 ans avant notre ère.

« Rarissime et inattendu », se réjouissait-on à la direction de Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP), cet organisme que n'aime guère les promoteurs immobiliers et responsables de collectivités publiques ou privées qui préféreraient que l'exploration du sous-sol avant construction se résume à un coup de bulldozer.

La découverte de cette statuette permettait d'ouvrir un nouveau chapitre sur les origines lointaines de ce qui devint la tribu gauloise des Ambianis dont le nom donna plus tard « Amiens ».

Le chantier de fouilles se situe sur une terrasse d'alluvions située à quatre mètres en dessous du sol actuel. C'est à ce niveau que vivaient les civilisations préhistoriques, il y a un peu plus de 20.000 ans.

Photo : INRAP

Dans leur langage technique, les archéologues parlent de « paléolithique inférieur »

et « d'industrie lithique ». En clair d'une très longue période où les humains utilisaient une pierre très dure, genre silex, pour fabriquer des outils et des armes, ou des ustensiles coupants à usage domestique. A cette époque, les humains n'avaient pas encore la connaissance des métaux.

Les hommes de Saint-Acheul n'étaient pas les premiers à avoir façonné la pierre. Avant eux, en Afrique de l'Est (région du Kenya, de l'Ethiopie et de Tanzanie), d'autres civilsations fabriquaient des outils à partir de galets ramassés le long des fleuves. Datation de ces matériaux primitifs d'une période nommée « oldowayen » : 1,7 million d'années environ pour les plus anciens.

Ces trouvailles africaines correspondaient à celles faites du côté d'Abbeville, dans un secteur très riche en vestiges préhistoriques. Il s'agissait également de galets grossièrement travaillés, bien avant que n'existe une communauté humaine dans ce qui devint le quartier Saint-Acheul. On parle alors « d'Abbevillien » ou de « Chelléen » pour désigner cette période de fabrication et d'utilisation de tels silex précédant l' « Acheuléen ».

Représentation d'un "homo habilis" (homme habile" façonnant un outil avec une pierre. Du Kenya (Afrique) à la Picardie, il y a 400.000 ans environ, les humains primitifs disposaient des même techniques.

Cette statuette dite "Vénus de Willenford" (du nom de la cité autrichienne où elle fut découverte) fut retrouvée intacte, avec les mêmes caractéristiques morphologiques que la "Vénus de Renancourt". A ce jour, 250 statuettes environ de cette nature ont été retrouvées dans le monde.

La découverte à Amiens d'une telle oeuvre est un événement de la plus haute importance dans la compréhension de l'évolution des sociétés humaines primitives.

Des historiens pensent que ce genre de réprentation était une ode à la maternité et la fécondation.

La statuette dite "Venus de Renancourt" découverte en juillet 2014 dans un campement d'hommes préhistoriques chasseurs.

Photo : INRAP

Cette « Vénus de Renancourt » avait les mêmes caractéristiques que celles trouvées en Autriche, Russie, Sibérie, et dans autres coins de France du Sud-Ouest. Elle témoignait de la très longue marche des migrants s'opérant vers l'Ouest (le soleil couchant) arrivant sur cette terre qui n'était pas encore nommée « Picardie ». Une marche de plusieurs millénaires, génération après génération, provoquée par des exodes afin d'échapper aux attaques ennemies, ou pour chercher des terres fertiles à cultiver ou faire paître les troupeaux, ou pour échapper à des conditions météorologiques mortelles.

C'est ainsi que d'autres archéologues, au 19è siècle, avaient trouvé dans un autre quartier de la ville, Saint-Acheul, des milliers de silex taillés attestant d'une présence humaine de plusieurs centaines de milliers d'années. Ce site, devenu célèbre dans le monde entier à cause de telles découvertes, donna son nom à la période très ancienne de la préhistoire : « l'Acheuléen », daté à partir de 500.000 ans environ avant notre ère.

 

Pour vivre dans des régions glaciales, comme l'était l'Europe à l'époque de la création de la "Vénus de Renancourt, les humains devait savoir chasser pour disposer de protéines et de peaux pour se vêtir.

La région d'Amiens était peuplée d'aurochs, bisons, rennes, mammouths leur fournissant tous les éléments indispensables.

Qui étaient ces humains ? D'où venaient-ils ? Certainement avaient-ils un langage, un mode de communication. Toutefois, les archéologues n'en ont pas retrouvé trace. Ces humains, on les désigne sous le vocable d'  « homo habilis », signifiant des « hominidés habiles ». Habiles de leur mains comme de leur esprit car fabriquer un outil, c'est donner à l'esprit le moyen de réaliser ce qu'il a imaginé.

Ce que l'inconnu préhistorique, de l'Ouest d'Amiens, avait dans la tête, c'était de représenter une femme de sa tribu ou de sa famille. Sa mère, peut-être, ou sa compagne, ou peut-être sa propre fille. Il ne se doutait pas que, 23.000 ans plus tard, la statuette serait l'objet de toutes les attentions. D'un point de vue esthétique, les « inventeurs » de ce trésor archéologique n'avaient pas de quoi tomber à la renverse. Mais une telle statuette en ce lieu était un événement planétaire dans le monde de la paléoanthropologie – cette science à la recherche des racines humaines les plus lointaines.

Il y a 23.000 ans, Renancourt était couvert de neige. C'était la fin d'une ère de glaciation, mais le grand froid était toujours là. Les humains primitifs vivant là, au lieu d'immigrer vers des continents chauds, étaient restés sur place. Ils trouvaient de quoi vivre grâce aux troupeaux de rennes et de mammouths qui leur offraient des protéines en abondance, et de la peau pour se couvrir. Probablement savaient-ils aussi faire du feu ?

 

La « Vénus de Renancourt » devait être à l'image de la statuette et de la population féminine en général : avec des seins volumineux et tombants, un ventre proéminent et des fesses imposantes. C'était la figure des femmes de cette époque : enceintes dès la puberté et rapidement après chaque naissance, mères de nombreux enfants – lesquels, à part les très robustes, ne survivaient guère au-delà de quelques mois. Pour que l'espèce continue d'exister, il fallait donc des maternités nombreuses au sein de cette population très clairsemée.

En créant sa statuette, l'homme de Renancourt témoignait pour l'éternité d'une évolution de l'espèce humaine qui allait s'imposer sur l'ensemble de la nature, pour le meilleur, mais parfois aussi le pire.

 

Réagissez à cet article en utilisant le formulaire ci-dessous.