SIEGE HENRI IV 1597

Chés Nazus

On appelle ainsi les enfants d'Amiens et des alentours qui ont souvent le nez qui coule...

Quel que soit l'âge, pour entrer dans ces pages, il faut avoir gardé son coeur d'enfant.

 

Depuis nos ancêtres de l'Acheuléen...

Nous racontons dans ces pages, de façon illustrée et distrayante les pages heureuses et sombres de l'Histoire des "Samariens" (habitants de la Somme et d'Amiens), depuis qu'on en sait quelque chose.

1597 : LE "SIEGE DE VELOURS"

La grosse bourde des bourgeois d'Amiens

qui coûta très cher à la cité

Plus intéressés par quelques noix échappées du sac d'un faux paysan que par la sécurité de la ville, les hommes de garde de la porte du « Ravelin de Montrescu » se firent surprendre par ruse, laissant entrer dans la ville réputée inviolable plusieurs milliers de soldats de l'armée espagnole qui avait déjà annexé Dourlans (Doullens).

Par Pierre Mabire / illustrations : Archives municipales d'Abbeville et collections privées

Si la phrase restée célèbre « Paris vaut bien une messe » ne fut en vérité jamais prononcée par Henri IV, roi de France et de Navarre, il restera dans la véritable Histoire le siège d'Amiens en 1597 qui fut décisif pour l'avenir de la couronne et de la dynastie des Bourbons.

 

Amiens perdue, alors c'est tout le royaume qui aurait flanché et serait passé à la vassalité hispanique.

En entrant victorieusement dans la cité le 25 septembre 1597 à l'issue d'un siège de sept mois ayant causé la perte de près de 900 hommes de ses troupes et celles de ses alliés, le « Vert Galant » n'avait pas le coeur à conter fleurette. Il fut pressé de demander des comptes aux échevins (membre du conseil municipal). aux dirigeants de la cité afin de savoir comment les gardes avaient pu se laisser berner une certaine nuit de mars.

 

Sa colère fut terrible. Il leur reprocha d'avoir laissé entrer la troupe ennemie espagnole du gouverneur de Dourlans (Doullens) au coeur d'une cité pourtant protégée par de profondes douves, bordée au nord par la Somme et des terres marécageuses, entourée de hautes murailles surmontées de chemins de ronde.

L'entrée des troupes du chef de guerre espagnol Harmando Teillo Porto Carrero à Amiens, à la porte de Montrescu où les gardes avaient été piégés par une ruse grossière.

 

Ci-dessous : la porte du Ravelin de Montrescu.

Ci-contre à gauche : Henri IV, lors d'un siège d'une ville qu'il tentait de reconquérir.

Pour entrer dans Amiens, la troupe espagnole, qui contrôlait l'Artois et voulait conquérir la Picardie, avait réussi à entrer par des portes en principe gardées par des hommes en arme, fermées la nuit par des herses, avec le pont levis relevé.

 

Henri IV voulait savoir pourquoi les échevins n'avaient toujours pas entamé la construction de la citadelle au nord de la cité, dans le prolongement du « Ravelin de Montrescu », la porte par laquelle, finalement, les Espagnols s'étaient engouffrés après avoir neutralisé le corps de garde qui, cette nuit-là, le 11 mars 1597, devait dormir ou jouer aux cartes au lieu d'assumer une surveillance de tous les instants.

 

Le roi leur reprocha encore de ne pas avoir accepté deux ans auparavant, au prétexte des « libertés communales » leur donnant une réelle indépendance dans la gestion et la protection militaire de la ville, l'unité de troupes mercenaires (la garde Suisse) de plusieurs milliers d'hommes qu'il jugeait utile pour verrouiller la traversée de la Somme à Amiens et de ses ponts ouvrant la route vers Paris.

 

Imaginée par un fin stratège, la prise d'Amiens avait été comme un jeu d'enfant. Les gardes – des civils n'entendant pas grand chose au fait militaire - ne s'étaient pas doutés d'un quelconque danger en voyant arriver avant le lever du jour, sur le coup de 6 heures du matin, un chariot lourdement chargé de pommes et de noix, conduit par des paysans parlant picard comme eux, accompagné de plusieurs hommes forts capables de mettre en déroute des voleurs qui auraient voulu s'emparer de la marchandise. « On va vendre tout ça au marché », assurèrent-ils.

Le pont levis fut abaissé, la herse relevée. Cet équipage hétéroclite fut accepté à entrer sans attendre le lever du soleil. Au passage de la porte du « Ravelin de Montrescu », l'un des paysans portant un sac de noix sur son dos perdit sa marchandise. Le sac s'ouvrit, laissant s'échapper son contenu. Le chariot s'immobilisa sous la herse. Les gardes, abandonnant toute vigilance pour s'intéresser aux noix et au pommes dont ils emplirent leurs poches, ne se soucièrent pas du reste.

 

C'est alors que des dizaines de soldats ennemis, cachés dans des fourrés voisins, se précipitèrent et poignardèrent les vigiles. Ceux restés à la manoeuvre du pont ne purent rien faire car les cordages avaient été coupés. La herse n'avait pu être abaissée entièrement à cause du chariot resté en travers de sa verticale.

La cavalerie puis les fantassins ennemis en attente d'un signal entrèrent en force dans la ville à l'heure des premières messes matinales.

 

Pour le chef des troupes espagnoles, Hernando Teillo Porto Carrero, si la prise d'Amiens avait été un jeu d'enfant, les mois suivants devinrent un calvaire, tant pour son armée d'occupation que pour la population. Tout acte de résistance et d'hostilité de la part des Amiénois avait signifié mise à mort sur le champ et sans procès. Ce fut le cas des échevins François Deblayrie, Claude Lemâtre et Brisset, exécutés pour avoir menacé l'ennemi de leur épée.

 

Les premiers jours d'occupation furent un massacre. Carte blanche avait été donnée aux soldats espagnols pour piller la ville. Toutes les richesses et réserves furent raflées, y compris le trésor des églises. Femmes, jeunes filles, religieuses furent violées sous la menace du tranchant d'armes blanches. Les soldats avaient ordre de tuer le plus possible pour qu'il y ait le moins de bouches à nourrir.

Ville prospère avant d'être envahie par l'armée espagnole, Amiens perdit sa richesse à cause d'impôts bien trop lourds pour financer la présence d'une armée de mercenaires et construire un fort militaire (la Citadelle). C'était la punition imposée aux bourgeois d'Amiens par Henri IV pour avoir négligé la sécurité de la cité dont ils avaient la charge.

Le Logis du Roy, tel qu'il existait sous Henri IV, abrité derrière ses propres remparts au coeur de la ville. Seule la tour subsiste encore.

Pendant longtemps, Amiens fut protégée par de hauts remparts .Les entrées et sorties ne pouvaient se faire que par des portes gardées par des hommes en arme placés sous l'autorité de l'échevinage (le conseil municipal). C'était au temps des "libertés communales" qu'Henri IV ôta aux bourgeois pour ne pas avoir su protéger leur ville et mis le royaume en danger.

La porte Saint-Pierre.

Le pont Baraban où se dressait la potence des condamnés à mort. Les exécutions se faisaient devant le public massé près de là, pour voir la loi s'appliquer dans toute sa cruauté. Beaucoup d'innocents victimes d'erreurs judiciares ou d'une justice expéditive et partiale périrent sur ce pont honni par les pauvres gens honnêtes.

Alors qu'il pensait faire d'Amiens sa nouvelle tête de pont pour la conquête de Paris, Hernando Teillo Porto Carrero se rendit compte que, derrière les murs d'Amiens, il était comme dans une nasse. Enfermé, piégé, immobilisé avec ses quelque 7 ou 8 000 hommes qu'il fallait nourrir et soigner.

Très rapidement, Le roi Henri avait fait envoyer sur place l'armée du maréchal Biron pour qu'elle installe un siège autour d'Amiens. Dès lors, plus aucun chariot de ravitaillement ne put pénétrer dans la cité. Avec de si nombreux estomacs à emplir, l'armée espagnole eut vite fait de vider tous les jardins de leurs légumes. Tous les animaux domestiques comme ceux de la ferme furent passés à la broche. Malheur aux animaux de la basse-cour, plumés, dépouillés et rôtis.

 

Sous les murs de la ville, dans le camp des assiégeants, c'était au contraire une certaine opulence. La troupe copieusement nourrie affichait un moral d'acier. Des hôpitaux de campagne avaient été dressés pour soigner les blessés et malades. Ce relatif confort valut au siège d'Amiens d'être nommé plus tard « le siège de velours ». Des tranchées fortement défendues ne laissaient guère d'espoir à d'éventuels assaillants.

Le roi Henri avait obtenu d'importants renforts nécessaires pour repousser les tentatives de sortie des troupes espagnoles. Il put arriver que certaines de ces tranchés furent prises par l'ennemi, mais aussitôt reprises par les Français à l'issue de combats au corps à corps et sans merci.

L'artillerie française joua encore un rôle capital lorsque 25 000 soldats allemands se présentèrent aux abords d'Amiens pour attaquer les assiégeants, tandis qu'Hernando Teillo Porto Carrero tentait une nouvelle sortie pour prendre l'armée d'Henri IV à revers.

 

Au cours l'une de ses sorties, le chef des troupes espagnoles fut tué d'une balle en pleine tête tirée par un arquebusier. Pilonnée par la puissance artillerie abritée dans les fortins et les tranchées, la troupe germanique abandonna rapidement la partie.

Affamés et démoralisés, les occupants espagnols, sous la conduite du marquis de Montanagro, successeur de Porto Carrero, furent bien contraints de hisser pavillon blanc pour négocier une levée de siège leur laissant la vie sauve. Ce qu'Henri IV accorda aussitôt.

Ainsi, le 25 septembre 1597, il faisait son entrée victorieuse dans la ville, acclamé par une population à bout de force, ravagée par sept longs mois d'Occupation, mais encore par une épidémie de peste.

La présence de cette maladie infectieuse et mortelle incita Henri IV à écourter son séjour dans la cité reconquise. Deux heures seulement, le temps d'assister au Te Deum chanté à sa gloire en la cathédrale Notre-Dame d'Amiens, et de faire un bref bilan sur l'état de la cité pour dresser la liste de ses partisans et des traitres – car des traitres, il y en eut.

Ci-contre à gauche : Henri IV imposa aux Amiénois de construire une forteresse militaire capable d'accueillir des milliers de soldats. Elle fut utilisée à des fins militiares jusqu'au 20è siècle.

Sa première résolution fut de mettre fin au privilège des bourgeois d'Amiens d'administrer seuls leur ville. Ce fut la fin les libertés communales. Il obligea la population à payer un impôt pour assurer la présence de 3 à 4000 gardes suisses dans la cité. Et surtout à construire une citadelle militaire au nord de la ville, à cheval sur les faubourgs de Saint-Maurice et Saint-Pierre, à deux pas de la paroisse Saint-Sulpice.

A cette fin, il fit raser plusieurs centaines d'habitations pour élever sur un promontoir une forteresse imprenable et des casernements pour la troupe installée en permanence sur place.

 

Ces militaires furent chargés en autres missions de la surveillance des portes de la ville, de la garde des remparts, de la tenue des postes d'alerte installés dans toutes les constructions hautes telles que beffroi, clochers, flèche de cathédrale, afin de prévenir de tout mouvement de troupes étrangères.

Si le très lourd impôt au roi ne permit pas à la ville de retrouver sa richesse de naguère, en revanche les cabaretiers se frottèrent les mains. Jamais ils n'avaient vu autant de soldats, fantassins, sergents, archers, arquebusiers et officiers dans leurs établissements.

Le médiocre vin des vignes environnantes se mit à couler à flot.

 

Partout des estaminets virent le jour, offrant à la clientèle militaire, en plus du vin, le réconfort d'amours tarifés avec des dames venues d'un peu partout spécialement pour cela.

 

La maladrerie de la Madeleine où l'on enfermait les Amiénois atteints de maladies contagieuses, comme la peste qui sévissait lors de l'invasion espagnole. Craignant pour lui-même, après avoir libéré la ville, entendu un Te Deum en son honneur à la cathédrale d'Amiens et eu une entrevue avec des échevins, Henri IV s'empressa de partir pour éviter la contamination.